Société : éducation, violence ordinaire et reproduction.

Via un échange fictif entre un “parent” et un “psy”, j’expose ma compréhension du rapport à l’autorité et de la violence dans les pratiques éducatives ordinaires.

Le parent : Docteur, mes enfants n’en font qu’à leur tête. Ils ne m’obéissent pas et se croient tout permis.

Le psy : Comment gérez-vous la chose ?

Le parent : On leur dit ce qu’il ne faut pas faire, parfois on les contraint, parfois on les punie même. On s’autorise la fessée. Ils rendent la vie de tout le monde impossible, autant la notre que celle de leurs camarades. Plus on les dispute, plus on les punies, et pire sont leurs comportements. Cela semble ne pas avoir de limites…

Le psy : Dans la plupart des cas, c’est normal. Quand vous punissez votre enfant, vous lui faites comprendre qu’il est normal d’imposer aux autres ce qu’on désir. Vous lui dites “je veux que tu…” – traduit en bon français, c’est « j’exige de toi tel ou tel comportement », je dis bien « j’exige ». Quand votre enfant vous désobéi, il ne fait que vous imposer ce que vous ne voulez pas, exactement comme vous le faites vous-même envers lui.

Le parent : C’est un peu facile de renverser les responsabilités !

Le Psy : Vous ignorez qu’il y a une règle générale de psychologie :  les enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire, ils font comme nous. C’est même une règle générale de psychologie. Pour être très clair, prenons un cas extrême : sachez que 90% des violeurs et pédophiles ont été abusés dans leur enfance. Qu’est-ce que ces personnes disent ? En majorité, qu’il ne faut pas abuser des enfants, mais elles le font quand même.

Revenons aux enfants : les enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire, ils font comme nous. Ceci est un principe empiriquement validé par un siècle de psychologie moderne. Comme toute règle, elle n’est pas absolue, c’est juste un tendance majeure. Des parents lisent ? Les enfants lisent. Des parents sont vulgaires ? Les enfants sont vulgaires. Des parents aiment la nature ? Les enfants aiment la nature. Des parents disent des gros mots ? Les enfants disent des gros mots. Et curieusement, de nombreux parents voudraient que les enfants, tels des génies, les écoutent et ne reproduisent pas leurs propres comportements à leur encontre, en l’occurrence imposer aux autres sa volonté au détriment de celle des autres. La caricature est le parent qui frappe son enfant en lui criant qu’il ne faut pas taper : le paradoxe est a son comble.

Le Parent : Oui, mais il y a des règles à respecter en société, non ?

Le Psy : Ces fameuses règles font partie du problème. On le voit tous les jours : votre enfant veut faire une chose que vous ne voulez pas qu’il fasse ? Alors vous lui imposez d’arrêter, vous lui criez dessus, vous lui faites du chantage et vous allez jusqu’à le punir. Vous lui apprenez donc que les conflits se régulent via le recours à l’autoritarisme, au chantage et à la violence. Je le répète, vous lui apprenez que ses propres désirs s’imposent aux autres par l’autoritarisme, le chantage, la menace, la violence. Quand on prends du recule, on se rend compte qu’il ne fait que reproduire votre propre autoritarisme envers lui. Ce que vous appelez un caprice n’est que la reproduction de votre propre autoritarisme.

Les enfants vont même jusqu’à reproduire l’inconsistance entre ce qu’on dit et ce qu’on fait : ils normalisent nos propres incohérences et notre mauvaises fois. S’ils mentent, c’est parce que nous ne sommes pas cohérents et que nous leurs mentons, nous leur faisons prendre des vessies pour des lanternes dans un jeu éducatif trouble dont le but est la manipulation. Les parents manipulent énormément les enfants pour leur faire faire ce qu’ils veulent. Mêmes vos angoisses il va les reproduire, les exprimer. Si notre comportement est autoritaire et violent via la punition – qui est une violence psychologique – alors ils reproduisent cela avec vous : ils ne tiennent pas compte de vos directives et deviennent violent avec vous – une violence que vous allez appeler “provocation” ou “caprice”. Vous avez le sentiment qu’ils ne vous respectent pas, mais c’est simplement que quand vous lui dites que vous ne voulez pas qu’il fasse une chose et que vous le punissez, vous ne tenez pas compte de ses désirs, de ses intentions profondes qui sont souvent positives (découvrir, essayer, tester, savoir, jouer). Ces “provocations” ou “caprices”, ainsi que les mensonges, ne sont que la reproduction de vos propres comportements.

Le parent : Mais que faire alors ?

Le psy : Vous avez deux solutions :

– La solution “pavlovienne” : vous augmentez la dose de violence. Plus vous punissez votre enfant, plus il intègre qu’il n’a pas à tenir compte de votre avis et qu’il n’y a pas de règles de vie en société autre que celle de sa propre volonté. Si vous en arrivez à le frappez, vous créez un traumatisme chez lui qui va le mettre dans un état d’effrois. L’effrois est cet état ou l’on est plus capable d’agir, d’attaquer ou de fuir. Vous obtenez alors un résultat concret immédiat : il arrête. Quand l’enfant va vouloir refaire la chose, il va donc ressentir a nouveau cet effroi. Le cerveau est un système associatif nécessaire à nous protéger des dangers : la charge affective d’un souvenir, qui est le mécanisme au cœur de l’ESPT (Etat de Stress Post Traumatique), consiste à associer une émotion à un souvenir. Quand l’enfant va vouloir faire une action liée à cet effroi, c’est à dire à un état de dépassement émotionnel qui le paralyse, alors ces émotions vont réapparaître et il va déployer une stratégie d’évitement du danger : il ne va pas refaire cette action par peur d’éprouver à nouveau cette violence physique alors même que vous n’êtes plus présent. On dira que c’est une forme d’éducation.

– Soit vous cassez ce cercle vicieux de la violence : vous n’allez pas imposer votre volonté contre la sienne -sauf en cas de danger immédiat, évidement. S’il traverse la route, vous avez toute légitimité à l’attraper par le bras – mais en aucun cas à lui filer une baffe. Il faut expliquer. Vous allez donner des raisons extérieures à votre propre volonté. Vous expliquez pourquoi il ne faut pas faire les choses, et jamais affirmer « je veux » ou « arrête de » sans donner le signifiant, la raison, l’origine de votre observation ou de votre état émotionnel. En d’autres termes, vous dépersonnalisez la contrainte. C’est une discipline essentielle que vous allez vous appliquer : vous ne devez jamais lui montrer que « vous voulez », mais que « l’origine est ailleurs » et que cela justifie votre état émotionnel. Donc, en tant que modèle, vous enlevez toute transmission de réflexe égo-centré ou c’est le “je” qui parle, qui impose.

Ensuite, vous instaurez la confiance en écoutant ses désirs sans les juger – et en exprimant à chaque fois ses désirs pour lui montrer que vous tenez compte de lui. Commencer par « je comprends que tu veuilles ceci » ou « je comprends que tu fasses cela pour ». Vous partez du principe que toutes les intentions et émotions de votre enfant sont légitime, et vous l’exprimez en disant « je comprends que tu ressentes de la colère, de la tristesse, de l’énervement, mais… ». Il va vous le rendre au centuple quand votre état émotionnel se trouve perturbé par ce qu’il fait : c’est alors lui qui va tenir compte de vous, parce que vous lui avez montré qu’on tient compte de lui, même quand on est pas d’accord.

Enfin, vous allez faire de votre enfant une personne qui a des droits au même titre que vous. Vous n’allez jamais casser ce sentiment chez l’enfant qu’il peut toujours faire appel à vous quel que soit son envie, son désir, ses pulsions. Comme vous le trairez comme une véritable personne et non comme un objet, vous allez passer des pactes avec lui : vous allez lui faire comprendre pourquoi il ne doit pas agir comme il le fait, lui demander s’il a compris, et lui demander de s’engager a ne pas le refaire. Quand un enfant dit « oui, j’ai compris, je ne le fais plus », la probabilité qu’il ne le fasse effectivement pas n’est plus du tout la même que si vous le grondez, lui dites « je ne veux pas que tu fasses cela… Si tu continue je vais… » – en générale, il le refait dans les minutes qui suivent. Et tout comme vous proposez d’aller faire un ciné ou un resto a un ami qui n’a pas le moral, qui est triste, en colère ou autre, pour le soulager, vous allez proposer des alternatives, des activités, des solutions à votre enfant pour réguler ses émotions, ses désirs, ses frustrations.

Le parent : Cela se voir que vous n’avez jamais eu d’enfant. On a essayé d’être gentil et compréhensif, ça ne marche pas. Ils en profitent pour faire encore plus de bêtises…

Le Psy : Non. Le problème c’est que vous avez commencé a imposer vos “je ne veux pas que tu…” et vous avez commencé à le faire par la punition et par la violence. Il va vous falloir déconstruire ce comportement, rétablir la confiance et cela peut prendre beaucoup de temps.

Le Parent : Et comment on fait ça ?

Le Psy : Partons de vous : si quelqu’un brise la confiance que vous lui faisiez, vous êtes d’accord que cela va prendre énormément de temps pour la reconstruire ? Surtout si cette personne ne demande pas pardon. Cela ne va pas se faire de manière automatique, du jour au lendemain ? Surtout que la plupart des parents estiment n’avoir aucune obligation à demander pardon, même à leurs tous petits. Ils considèrent qu’ils n’ont pas à se justifier auprès de leurs enfants. Les enfants considérerons à leur tours qu’ils n’ont pas à se justifier.

Le Parent : Oui, mais cela ne semble pas le perturber plus que cela, les punitions ?

Le Psy : Votre enfant n’a que vous : vous êtes sa sécurité. Il est prêt à accepter le harcèlement moral que vous lui faites subir, vos menaces et chantages, contre une sécurité affective.

Le Parent : Vous m’accusez de harceler moralement mon enfant ? Mais ça va pas non ?

Le Psy : Si vous passez une partie de votre journée à dire, d’un ton autoritaire ou menaçant à votre enfant “ne fait pas ci” – “Non !” – “Revient ici !”… et bien oui, c’est objectivement du harcèlement morale. Si un adulte vous fait cela tout au long de l’année, vous serez objectivement victime de harcèlement morale : c’est ce qu’il se passe avec des cadres ou patron vis-à-vis de leurs employés. Un très grand nombre d’employés sont en état de dépression, de stress ou d’anxiété à cause d’un harcèlement morale. Cela se finit au tribunal ou chez le psy. Vous en conviendrez ?

Le parent : Certes. Mais cela n’a rien a voir. Que je sache, les enfants ne portent pas plainte ou ne sont pas en dépression !

Le Psy : C’est relatif. D’une part, les fugues, les états dépressifs, l’anxiété et les tentatives de suicide chez les jeunes ne sont pas insignifiants. D’autres part, l’enfant n’a pas les mêmes droits que les adultes, ni les mêmes capacités – il est sous tutelle. Par ailleurs, la violence latente ou exprimée dans notre société doit nous faire réfléchir. Je ne dis pas qu’elle ne vient que de la violence dans l’éducation ordinaire, mais qu’elle y contribue sans doute.

Le Parent : Je ne suis pas d’accord. Face a des sauvageons, la punition est la manière la plus efficace de les arrêter !

Le Psy : Vous avez été enfant, n’est-ce pas ?

Le Parent : Oui, comme tout le monde.

Le Psy : Et bien, comme tout le monde vous reproduisez non pas ce qu’on vous a dit de faire, mais ce qu’on a fait avec vous. Si la violence arrête certains comportements, elle en programme d’autres, dans d’autres contextes, ailleurs, plus tard. Vous admettrez que frapper un enfant est inhumain, mais pourtant vous le faite quand même, exactement comme le pédophile. Si vous filmez une scène de fessée, de claque ou de punition, sans le son et sans le contexte, vous direz, comme une grande majorité de gens, que c’est de la violence gratuite, choquante, que c’est de la cruauté. Ce sont l’expression des corps, du non verbale, et c’est plus important que le verbale. Si on remet le contexte et le son, vous penserez peut-être que frapper un enfant n’est pas un problème, que cela ne laisse aucune séquelle parce que, finalement, il l’a bien mérité ! En réalité, vous défendez ce que vous avez subit car cela a quelque chose de rassurant pour vous : vous avez identifié la vie familiale à une forme commune de violence éducative. Si on vous enlevait cette violence, ce serait comme vous priver de votre référentiel familial, et alors vous revivriez l’insécurité qu’un enfant ressent quand il ne se conforme pas aux exigences de ses parents, fussent-ils violents. Il y a là une forme de dissonance cognitive – chose que vous ressentez peut être quand vous voyez un parent corriger son enfant, devant vous. Cela tiraille en vous de voir un enfant se faire corriger, n’est-ce pas ?

Le Parent : Oui, mais il y a des règles à respecter pour vivre en société et c’est à moi de les transmettre !

Le Psy : Décidément, vous ne comprenez pas : votre enfant ne fait pas ce que vous lui dites, il vous imite. Si vous ne faites strictement rien pour l’éduquer, que simplement il vit avec vous et que vous le guidez en toute confiance, il sera un adulte éduqué parce que vous l’êtes. C’est une règle générale, il peut y avoir des exceptions car chaque parent est unique. Vous avez le sentiment que c’est votre responsabilité d’inculquer à votre enfant les bonnes manières, les choses à faire ou ne pas faire – et c’est vrai – mais pour cela vous pensez qu’il est légitime d’appliquer une pression psychologique sur lui, de lui faire du chantage, de le menacer, de lui crier dessus ou de le frapper, et c’est la que la psychologie nous enseigne une chose importante. En réalité, vous n’avez rien à faire qui relève de la correction. Vous devez seulement être exemplaire, car l’enfant ne fait pas ce que vous lui dites, il vous imite. Ceci est d’autant plus vrai qu’en réalité il est volontaire pour faire bien les choses, contrairement à ce qu’on croit. Et par-dessus tout, il veut être aimé par ses parents, sa famille, son environnement social. Depuis tout petit, alors bébé, sa sécurité physique et affective en dépendent – et c’est bien pour cela que l’imitation est prédominant dans sa construction comportementale.

Le Parent : Vous êtes en train de me dire que j’ai juste à être là et lui montrer comment être et comment faire, sans jamais mettre de limites ? Et si je rencontre des difficultés je dois lui dire que j’ai compris pourquoi il veut faire ces choses interdites, et je dois le divertir pour qu’il ne le fasse pas ?

Le Psy : Oui. Imposer des contraintes est le quotidien du parent. En revanche, la violence éducative ne devrait jamais en faire partie. On peut imposer des contraintes en l’accompagnant, en disant “je suis désolé, mais je ne peux pas te laisser faire ça parce que…”. A court terme cela peut vous sembler une perte de temps et d’énergie colossale – ce qui n’est pas vrai car vous allez de moins en moins dépenser d’énergie pour vous faire comprendre – mais à long terme l’impact est significatif. La plupart des enfants perdent toute leur créativité et leur curiosité durant la première quinzaine d’année de leur existence. Ils sont hyper créatifs et curieux entre 1 et 3 ans et ensuite, face au mur des limites et de l’éducation basée sur la contrainte, ils perdent leur capacité à penser par eux même, à expérimenter le monde. Dans une étude, des scientifiques ont tenté de démontrer que la plupart des adultes n’ont que quelques pour cents de la créativité qu’ils avaient durant leur petite enfance. Également, leurs capacités emphatiques sont réduites. L’apprentissage très tôt du mépris des émotions bride leurs capacités sociales. Sur un plan psychologique, on aura des formes plus ou moins graves de dissociation – c’est à dire une vie émotionnelle non conscientisée, inaccessible donc non vécu. Tout ceci explique la violence latente de notre société, l’égoisme dont on fait preuve vis-à-vis des autres, de ceux qui sont loin, voir même de la nature et des animaux.

Le Parent : Cela ne relève t-il pas de la pensé magique ?…

Le Psy : Vous pouvez le penser. Mais on peut aussi faire le constat que le “je veux” de la société consommation, de celui qui veut une maison, une voiture, une TV, du toujours plus grand, plus coûteux, est celui du parent qui exige et qui dit “fait ça” ou “je veux que tu”. Le fait de dire d’un enfant qu’il est “sage”, est le pendant du “je veux que tu”, qui est révélatrice de notre propension à dominer l’enfant. Qu’un enfant soit sage est en réalité un drame humain. Un enfant sage est un enfant sans enfance. La sagesse, qui serait la possession d’une rigueur morale digne d’un adulte mature, est une absurdité, tout comme le sont les fameuses limites. En réalité, ces termes sont des faux nez pour décrire l’obéissance, la proportion à se soumettre aux exigence d’une autorité, le conformisme. En réalité, ce que veulent dire la plupart des gens, c’est qu’un enfant est “calme” et non “sage”.

Plus fondamentalement, nous avons besoin de gens qui sortent du cadre pour inventer de nouvelles manière de vivre, comme le font les enfants quand ils arrivent au monde. Les défis que l’humanité va devoir relever (fin de l’énergie abondante, fin de la croissance, changement climatique) vont exiger de nous de la créativité pour ne pas recourir à la violence ordinaire, celle qui prédomine dans l’éducation que nous subissons largement et que l’on a intégrés comme première intention.

Le Parent : Justement, ne faut-il pas imposer des valeurs à nos enfants à tout prix pour affronter le monde à venir ?

Le Psy : Mais quelles valeurs transmettez-vous ? Votre rapport aux enfants exprime les rapports de domination qui symbolisent notre société actuelle. Le fort domine le faible et l’asservie a ses propres besoins, a ses propres désirs, a ses propres volontés. Vous transmettez la concurrence, car quand vous contraignez votre enfant par la violence vous lui faites vivre l’expérience d’un plus fort que lui, vous lui faites vivre un rapport de domination. L’autorité n’est pas un processus de reconnaissance et de soumission volontaire à la noblesse d’une ame – ce que voudrait nous faire croire une cinématographie Hollywoodienne manichéenne – elle est aujourd’hui le fait d’une position sociale, d’un rapport de domination symbolique ou réel. Dans cette éducation, vous imposez la soumission à l’autre, vous n’apprenez pas, comme l’enfant le fait naturellement, à se laisser guider par l’exemplarité et la noblesse des rapports humains pour les reproduire. L’expérience de Milgram est là pour nous le rappeler. Vous normalisez le fait qu’une autorité est par la force et non la vertus. Le fort – en l’occurrence le parent – n’a pas à interroger la moralité de ses actes, car une moralité supérieure, que l’on appel éducation, l’en dédouanerais.

Le Parent : N’est-ce pas une bonne manière de préparer nos enfant à la réalité de notre société ?

Le Psy : Vous ne le préparez pas à affronter cette société, vous lui apprenez à s’y soumettre et à en assurer la reproduction. Vous lui montrez la voie pour être un dominant à son tour, ce qu’il sera avec ses propres enfants, puisque nous ne faisons pas ce qu’on nous dit de faire, on reproduit ce qu’on a subit. Vous lui imposez la reproduction de ces rapports sociaux basés sur la domination et la concurrence. Le dominant est un jouisseur enfantin : il retourne à l’état d’enfant qui cherche à jouir sans entraves de ce qu’il croit être sa toute puissance. Le monde d’aujourd’hui nous propose un modèle pervers-narcissique : d’un coté une dévalorisation et de l’autre une valorisation. D’un coté la concurrence et la soumission vous écrasent, et de l’autre on vous valorise par la possession de bien matériels et une position social qui contrastent avec ceux que vous dominez, fussent-ils à l’autre bout de la terre en train de produire des marchandise à bas prix, mourir de faim ou souffrir d’un conflit armé. Et nombre de parents vont prolonger ce rapport de concurrence dans le sport, les biens matériel et la réussite sociale : il y a les gagnants et les perdants. Il va sans dire que l’on admirera les gagnants. On s’en attribuera un petit peu de sa capacité à jouir en étant partisan. Il faut des gagnants et des perdants pour faire accepter aux plus faibles leur condition.

Je crois que dans notre rapport à l’enfant se joue l’avenir de notre société.

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