Société : éducation, violence ordinaire et reproduction.

Via un échange fictif entre un “parent” et un “psy”, j’expose ma compréhension du rapport à l’autorité et d’une forme de violence dans les pratiques éducatives ordinaires. Je remercie ma sœur Sophie, éducatrice, directrice d’une école Montessori (primaire et collège) qui, durant une vingtaine d’années, a expérimenté et établie de nouvelles approches éducatives. Elle est aussi formatrice. Elle nous a sensibilisé a toutes ces questions. Un de ses TedX. J’en retire une interprétation personnelle en fonction de mon background, notamment celui de la psychologie en amateur et plus particulièrement de la thérapie émotionnelle EMDR que je connais très bien.

Le parent : Docteur, mes enfants n’en font qu’à leur tête. Ils ne m’obéissent pas et se croient tout permis.

Le psy : Comment gérez-vous la chose ?

Le parent : On leur dit ce qu’il ne faut pas faire. On le répète. Au bout d’un moment on s’nerve. On finit par les contraindre, et souvent on les punie même. Parfois on est à bout et on s’autorise une claque ou une fessée. Ils rendent la vie de tout le monde impossible, autant la notre que celle de leurs camarades. Plus on les dispute, plus on les punies, et pire sont leurs comportements. On dirait qu’ils s’y adaptent. Cela semble ne pas avoir de limites… Il n’y a que quand on se met en colère et qu’ils ont peur de nous que les choses rentrent dans l’ordre.

Le psy : Je vais vous surprendre, mais de mon point de vu c’est normal. Quand vous lui dites quoi faire ou ne pas faire et que vous finissez par punir votre enfant, vous lui faites comprendre qu’il est normal d’imposer aux autres ce qu’on désir. Vous lui dites “je veux que tu…” ou “Arrête de…” – cela signifie « j’exige de toi tel ou tel comportement », et je dis bien « j’exige ». Alors je vous pose la question : quand votre enfant vous désobéi, ne vous impose t-il pas sa volonté exactement comme vous le faites vous-même envers lui ?

Le parent : Je n’ai jamais entendu une théorie aussi navrante. C’est un peu facile de renverser les responsabilités !

Le Psy : Vous ignorez qu’il y a une règle générale de psychologie :  les enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire – cela se saurait ! – ils font comme nous. Tous les parents, tous ceux qui ont a gérer des enfants le savent. Ce qu’on dit est souvent ignoré jusqu’au moment ou l’on se met en colère. En réalité, c’est simplement que les enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire, ils font comme nous. C’est même une règle générale de psychologie. Pour être très clair, prenons un cas extrême : sachez que 90% des violeurs et pédophiles ont été abusés dans leur enfance. Qu’est-ce que ces personnes nous disent ? En majorité, elles disent qu’il ne faut pas abuser des enfants. Mais le fait est qu’elles le font quand même.

Revenons aux enfants : les enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire, ils reproduisent nos comportements. La plupart des comportements a l’age adulte sont une reproduction ou une réaction aux modèles qu’ils ont eu durant leur enfance. Ceci est un principe empiriquement validé par un siècle de psychologie moderne. Comme toute règle, elle n’est pas absolue, c’est seulement un tendance lourde. Des parents sont vulgaires ? Les enfants sont vulgaires. Des parents disent des gros mots ? Les enfants disent des gros mots. De parents sont violents ? Les enfants sont violents. Des parents sont méprisant envers les autres ? Les enfants sont méprisants. Des parents aiment la nature ? Les enfants aiment la nature. Des parents lisent ? Les enfants lisent.

Et curieusement, de nombreux parents voudraient que les enfants, tels des génies, tels des philosophes, tels des étudiants, les écoutent et ne reproduisent pas leurs propres comportements à leur encontre, en l’occurrence imposer sa volonté au détriment de celle des autres. Pour moi, le paradoxe le plus criant est un parent qui frappe son enfant en lui criant qu’il ne faut pas taper : le paradoxe est a son comble. Peut-être obtiendra t-il un résultat en s’énervant sur son enfant. Par peur, l’enfant va se prosterner et craindre son parent. Mais inconsciemment, il aura parfaitement intégré qu’on est autorisé à employer la violence en cas de conflit.

Le Parent : Toute cette théorie, c’es bien. Mais quand je suis confronté à mon enfant qui n’obéis pas, je fais quoi ? Je le laisse faire tout ce qu’il veut ?

Le Psy :Absolument pas. Tous ceux qui ont des enfants ou qui en encadrent sont confronté à la nécessité d’imposer leur volonté aux enfants. Cela peut avoir diverses motivations : parce qu’ils se mettent en danger, parce qu’ils peuvent faire mal aux autre, parce qu’il ne faut pas dégrader le matériel, parce qu’il ne faut pas tout salir, parce que c’est sale, parce qu’il y a des obligations, des contraintes, etc. La question est celle du conflit qui naît de la volonté de l’enfant qui diffère de cette du parent.

Donc, comprenez-moi bien : je ne dis pas que vous ne devez pas contraindre votre enfant. C’est normal de contraindre. Ce que je remet en cause est la manière de le faire. En d’autre terme, c’est la manière dont vous gérez les conflits entre vous et lui.

Comme le je dis plus haut, les enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire. Les enfants reproduisent nos comportements. Et quand vos devez contraindre un enfant à faire ou ne pas faire quelque chose, vous allez
lui enseigner la manière de gérer les conflits. Lui dire et lui répéter de ne pas taper, d’être gentil avec les autres, de faire ceci ou cela, ne va pas déterminer la manière de se comporter. Plus directement, la manière dont vous allez gérer le conflit entre vous et lui, sera la manière de gérer ses propres conflits – les conflits qu’il a avec vous-même, les conflits avec ses frères et sœurs, les conflits avec les adultes qui l’entourent, les conflits qu’il a avec les institutions qui composent notre société. La manière de le contraindre à faire ce que vous voulez qu’il fasse va déterminer la manière dont il va se comporter ensuite.

Alors je vous propose de répondre à ces quelques question. Quand votre enfant a des désirs contradictoires avec ceux d’une autre personne, qu’il doit gérer ce conflit :

  • Voulez vous que votre enfant vous fasse du chantage ou fasse du chantage aux autres enfants ? Voulez-vous qu’il dise “si tu fais pas ça, tu n’auras pas ça…” ou bien “Si tu m’empêche de faire ça, je vais te faire ça…” ? Voulez-vous qu’il dise “si tu ne fais pas ça, je vais t’humilier pour que tu arrête” ?
  • Voulez vous que votre enfant tape les autres dans l’espoir que ça lui permette d’imposer sa volonté ?
  • Voulez vous que votre enfant nie la volonté contradictoire des autres ? Voulez-vous qu’il ignore totalement l’état émotionnel et les désirs des autres ?
  • Voulez vous que votre enfant s’énerve ou se mette en colère systématiquement quand il se retrouve dans cette situation conflictuelle ?

Je connais vos réponses : elles seront toutes négative. Personne (ou presque) ne veut enseigner ces comportements a son enfant. Nous voulons tous avoir des enfants capable de trouver des consensus, de faire preuve d’empathie et de responsabilité envers les autres. Le paradoxe, c’est que l’éducation ordinaire enseigne précisément ces comportements aux enfants. Pourquoi, par vos actes et parce que vous êtes un modèle pour votre enfant, vous enseignez précisément l’inverse ?

Le Parent : c’est bien jolie, mais si je vois mon fils qui tape sa sœur pour lui prendre son jouet, je fais quoi ?

Le Psy : De ces deux réactions, quelle est la plus normale ? Je ne parle pas de souhaitable, je parle de celle qui semble la plus normale :

  • La première : “Lucas, arrête de taper ta sœur. Lucas, je comprends que tu sois en colère parce que tu voudrais avoir ce jouet pour toi tout seul. Quand je vois que tu tape ta sœur cela me met moi-même en colère parce que tu lui fais mal. On doit partager, on ne peut tout garder pour soi. Donc une fois de plus je vais t’éloigner de ta sœur pour que tu ne lui fasse pas de mal, pour que tu te calmes et cela me permet d’éviter que je ne m’énerve moi aussi, ce que je ne souhaites pas.“. Le parent prends son enfant en lui disant “Je suis désolé, Lucas, je comprends ta frustration“.
  • La seconde : “Lucas, arrête de taper ta sœur. Lucas, arrête. Lucas, je compte jusqu’à trois. Ca suffit maintenant ! Cela fait trois fois que je te le dis ! Je t’avais avertis… ” – et la claque part, violente, qui fait pleurer l’enfant. Si elle est suffisamment lourde, l’enfant, en état d’effrois, va craindre la violence et se replier par instinct de survie.

Le Parent : c’est facile de dire cela, on dirait que vous n’avez jamais été confronté à ce genre de situation…

Le Psy : oui, cela semble un peu facile. Allons au fond des choses : quel est le problème ? Pourquoi, dans notre société, la plupart des parents vont réagir de la seconde manière, la manière autoritaire, selon vous ?

Le Parent : mais parce que c’est ce qui est le plus efficace !

Le Psy : je ne suis pas d’accord avec vous. Quand vous réagissez selon la seconde manière – avec violence et sans explication – vous lui enseignez malgré vous que la violence est légitime pour résoudre les conflits. Car oui, je vous l’affirme, il y a un conflit entre vous et votre enfant, et cette situation est une résolution de conflit entre vous, votre volonté, et celle de votre enfant. Mais parce que vous normalisez la violence (vous êtes en permanence son modèle) comme moyen de résoudre ce conflit, lorsque votre enfant sera confronté à nouveau à une situation qui le met en colère, il réagira avec violence, ce qui engendrera à nouveau une réponse violente de votre part. Votre réactions est donc contre-productive.

Plus profondément, dans la seconde posture vous lui enseignez que le désir de l’autre n’est pas à prendre en considération, qu’on peut s’opposer aux volontés de l’autre par la violence. Il va reproduire cela, et nier les intentions profondes de sa petite sœur. C’est un cercle vicieux qui, probablement va s’estomper avec la maturité de l’enfant, mais qui programme qu’en situation extrême, à l’age adulte, il retomberas dans la violence enfantine.

Si vous adoptiez la première posture, vous donneriez d’autres outils à votre enfant. Analysons la première réponse :

  • Lucas, je comprends que tu sois en colère parce que tu voudrais avoir ce jouet pour toi tout seul” : c’est une posture de reconnaissance de ses désirs – on lui exprime le fait que sont désir est légitime. L’enfant à des désirs, et on reconnait qu’il a le droit d’avoir le désir de jouir tout seul de ce jouet.
  • Quand je vois que tu tape ta sœur cela me met moi-même en colère.” : on exprime ses propres émotions, on ne les refoule pas. En tant qu’adulte, on peut et même on doit dire ce qu’on ressent, même à un petit de 2 ans. Cette intention est fondamentale pour qu’il puisse à son tours reconnaître, exprimer et donc gérer ses propres émotions. Si l’adulte, son modèle, ne le fait pas, il ne le fera pas spontanément. Qui peut dire que parler de ce qu’on ressent ne sert à rien ? Parler de ce qu’on ressent est toujours le premier chemin de la résolution d’un problème qui nous affecte et des conflits. Et si vous pensez que cela ne sert à rien avec un enfant, vous vous trompez. Avant même qu’un enfant parle, il ressent les intentions. Si vous regardez une personne parler sans entendre sa voix ou en en captant que les intonations, vous êtes déjà capable de ressentir tout une gamme d’émotions.
  • On doit partager, on ne peut tout garder pour soi.” : on explique la raison pour laquelle on est pas d’accord. Expliquer, c’est donner du sens à l’acte de contraindre qui s’en suit.
  • Une fois de plus je vais t’éloigner de ta sœur pour que tu ne lui fasse pas de mal” : on continue à donner du sens à l’acte d’isolement. Ne pas donner la raison de cet acte c’est être autoritaire.
  • et cela me permet aussi d’éviter que je m’énerve moi aussi, ce que je ne souhaites pas” : n’est-ce pas juste honnête ? N’est-ce pas la vérité ?

Le Parent : mais je n’ai pas le temps pour toutes ça !

Le Psy : A long terme, vous allez gagner du temps. Au début, vous aurez le sentiment de perdre votre temps et que votre enfant ne comprends rien – vous ne verrez pas de changement dans ses comportements. Détrompez-vous. D’abord, cela va vous permettre à vous de prendre du recule et gérer la situation avec moins d’émotionnel. Le premier bénéficiaire de cet effort n’est pas l’enfant, mais vous-même.

Ensuite, l’enfant va parfaitement assimiler l’ensemble de la démarche : on lui enseigne qu’une volonté doit être motivée, un conflit accompagnée, exprimée sur un plan émotionnel. Vous remarquerez qu’à force de répétition, les enfants développent leur empathie : quand vous leur apprenez à écouter leurs émotions, à être attentifs à leur colères et à leurs peines, ils les reconnaissent en vous ou chez leurs petits camarades. Verbaliser est le propre de l’homme, des millions de personnes parlent pour résoudre des problèmes et pour que cela marche il faut exprimer ses émotions. Seuls ceux qui ont été éduqué dans les non dits et le refoulement pensent que c’est inutile, à tors, ou n’ont plus accès à leurs émotions (état de dissociation).

Un enfant de 3 ou 4 ans qui dit a son parent “Maman, tu es en colère” ou bien “Papa, tu est triste”, a bien plus de capacités à gérer ses propres émotions et donc à se comporter de manière empathique et, disons le, responsable, parce qu’il est attentif aux conséquences chez les autres de ses propres comportements. Et cette responsabilité vaut autant vis-à-vis de ses petits camarades que de ses parents ou des adultes d’une manière générale.

Mais ceci n’est possible que si les parents verbalisent leurs propres émotions et verbalisent les émotions de l’enfant. L’un est indivisible de l’autre : c’est parce qu’on exprime ses émotions qu’on normalise le fait d’en avoir, c’est parce qu’on les reconnait chez l’enfant qu’on normalise le fait de les reconnaître chez les autres et d’en tenir compte. La résolution des conflits s’en trouve transformée et vous allez gagner beaucoup de temps.

A l’inverse, dans le cas d’une réponse autoritaire, face à la colère du parent, l’enfant va avoir peur et va se replier dans le non verbale. C’est une formidable éducation au refoulement. L’enfant va nier ses propres émotions aussi efficacement que le parent ne veut pas reconnaître les siennes, et il va nier le fait que les autres en ont aussi efficacement que la réponse autoritaire le fait envers lui-même. Cela fait des wagons d’adultes névrosés. Le refoulement des émotions, parce qu’elles ne sont pas exprimées, reconnues, écoutées, accueillies dès le plus jeune age, sont un des fondements des névroses. Sur ce point, Freud fait globalement l’unanimité.

Si aujourd’hui vous me dites que la seconde solution – la solution autoritaire et violente – est efficace, c’est simplement parce que précisément, on ne vous à pas apprit à reconnaître, accueillir et partager vos états émotionnels ainsi que ceux des autres. Durant votre éducation, on vous a transmis la croyance qu’écouter ses propres émotions ou accueillir celle des autres était inutile. Mais rassurez-vous, c’est un phénomène de sociétés : nos sociétés nient les émotions, et l’origine de cette négation se trouve dans la violence éducative ordinaire.

Le Parent : Oui, mais il y a des règles à respecter en société, non ?

Le Psy : Le concept de “règles” fait partie du problème. Votre enfant veut faire une chose que vous ne voulez pas qu’il fasse, alors vous lui imposez d’arrêter, vous lui criez dessus, vous lui faites du chantage et vous allez jusqu’à le punir ou le violenter. Il apprends donc que les conflits se régulent via le recours à l’autoritarisme, au chantage et à la violence. Je le répète, quand on prends du recule, on se rend compte qu’il ne fait que reproduire votre propre autoritarisme envers lui.

Ce que vous appelez un “caprice” n’est que la reproduction de votre propre autoritarisme.

Les enfants vont même jusqu’à reproduire l’inconsistance entre ce qu’on dit et ce qu’on fait : ils normalisent nos propres incohérences et notre mauvaises fois. S’ils mentent, c’est parce que nous ne sommes pas cohérents et que nous leurs mentons, nous leur faisons prendre des vessies pour des lanternes dans un jeu éducatif basé sur la manipulation. Les parents manipulent énormément les enfants pour leur faire faire ce qu’ils veulent. Les enfants vont jusqu’à reproduire et exprimer les angoisses de leurs parents. Si votre comportement est autoritaire et punitif, alors ils reproduisent cela avec les autres et avec vous : ils ne tiennent pas compte de vos directives et deviennent violent avec vous – une violence que vous allez appeler “provocation” ou “caprice”. Vous avez le sentiment qu’ils ne vous respectent pas, mais c’est simplement que quand vous lui dites que vous ne voulez pas qu’il fasse une chose et que vous le punissez, vous ne tenez pas compte de ses désirs, de ses intentions profondes, vous ne le respectez pas. Quand ils sont tout petits, ces intentions sont souvent positives et innocentes : découvrir, essayer, tester, savoir, jouer. Ces “provocations” ou “caprices”, ainsi que les mensonges qu’ils peuvent multiplier, ne sont que la reproduction de vos propres comportements. Cela peut faire des adultes qui croient que tout leur est due, qui revendiquent sans écouter les autres, qui sont incapable de trouver des consensus et encore moins de tenir compte de l’état émotionnel des autres.

Le parent : Mais que faire alors ?

Le psy : Revenons sur nos deux solutions :

  • La solution “pavlovienne” : vous augmentez la dose de violence. Plus vous punissez votre enfant, plus il intègre qu’il n’a pas à tenir compte de votre avis et qu’il n’y a pas de règles de vie en société autre que celle de sa propre volonté. Si vous en arrivez à le frappez, vous créez un traumatisme chez lui qui va le mettre dans un état d’effrois. L’effrois est cet état ou l’on est plus capable d’agir, d’attaquer ou de fuir. Vous obtenez alors un résultat concret immédiat : il arrête. Quand l’enfant va vouloir refaire la chose, il va craindre de faire à nouveau l’expérience de cette violence. Le cerveau est un système associatif nécessaire à nous protéger des dangers : la charge affective d’un souvenir, qui est le mécanisme au cœur de l’ESPT (Etat de Stress Post Traumatique), consiste à associer une émotion à un souvenir. Quand l’enfant va vouloir faire une action liée à un état de dépassement émotionnel qui le paralyse, alors il va déployer une stratégie d’évitement du danger. Il ne va pas refaire cette action par peur d’éprouver à nouveau cette violence physique alors même que vous n’êtes plus présent. On dira que c’est une forme d’éducation.
  • Soit vous cassez ce cercle vicieux de la violence : vous n’allez pas imposer votre volonté contre la sienne par la violence. Vous expliquez pourquoi il ne faut pas faire les choses, et jamais affirmer « je veux » ou « arrête de » sans donner le signifiant, la raison, l’origine de votre observation ou de votre propre état émotionnel. Ensuite, vous instaurez la confiance en écoutant ses désirs sans les juger – et en exprimant à chaque fois ses désirs pour lui montrer que vous tenez compte de lui. Commencer par « je comprends que tu veuilles ceci » ou « je comprends que tu fasses cela pour ». Vous partez du principe que toutes les intentions et émotions de votre enfant sont légitimes, même celle de jouer avec les crottes de chien dans le parc. En imposant la contrainte vous l’accompagnez d’une empathie : « je comprends que tu ressentes de la colère, de la tristesse, de l’énervement, mais… ». Il va vous le rendre au centuple quand votre état émotionnel se trouve perturbé par ce qu’il fait : c’est alors lui qui va tenir compte de vous, parce que vous lui avez montré qu’on tient compte de lui, même quand on est en conflit.

Votre enfant est une personne qui a des droits au même titre que vous. Vous ne devriez jamais faire à un enfant ce que vous ne faites pas à un adulte. Demander pardon à un enfant qu’on s’est trompé, c’est l’école du pardon. Vous n’allez jamais casser ce sentiment chez l’enfant qu’il peut toujours faire appel à vous quel que soit son envie, son désir, ses pulsions. Comme vous le trairez comme une véritable personne et non comme un objet, vous allez passer des pactes avec lui : vous allez lui faire comprendre pourquoi il ne doit pas agir comme il le fait, lui demander s’il a compris, et lui demander de s’engager a ne pas le refaire. Quand un enfant dit « oui, j’ai compris, je ne le fais plus », la probabilité qu’il ne le fasse effectivement plus est plus grande que si vous le grondez, lui dites « je ne veux pas que tu fasses cela… Si tu continue je vais te punir… » – en générale, il le refait dans les minutes qui suivent. Et tout comme vous proposez d’aller faire un ciné ou un resto a un ami qui n’a pas le moral, qui est triste, en colère ou frustré, pour le soulager, vous allez proposer des alternatives, des activités, des solutions à votre enfant pour réguler ses émotions, ses désirs, ses frustrations. La dernière solution est de l’isoler.

Le parent : Cela se voir que vous n’avez jamais eu d’enfant. On a essayé d’être gentil et compréhensif, ça ne marche pas. Ils en profitent pour faire encore plus de bêtises…

Le Psy : Je ne crois pas. Le problème c’est que vous avez commencé a imposer vos “je ne veux pas que tu…” et vous avez commencé à le faire par la punition et par la violence. Il va vous falloir déconstruire cette apprentissage, rétablir la confiance et cela peut prendre beaucoup de temps.

Le Parent : Et comment on fait ça ?

Le Psy : Partons de vous : si quelqu’un brise la confiance que vous lui faisiez, vous conviendrez que la reconstruire prendra beaucoup de temps. Surtout si cette personne ne demande pas pardon, ne vous reconnait pas dans vos légitimités. Cela ne va pas se faire de manière automatique, du jour au lendemain. Surtout que la plupart des parents estiment n’avoir aucune obligation à demander pardon à leurs enfants, même à leurs tous petits. Ils considèrent qu’ils n’ont pas à se justifier auprès de leurs enfants. Les enfants considérerons à leur tours qu’ils n’ont pas à se justifier.

Le Parent : Oui, mais cela ne semble pas le perturber plus que cela, les punitions ?

Le Psy : Votre enfant n’a que vous : vous êtes sa sécurité. Il est prêt à accepter le harcèlement moral que vous lui faites subir, vos menaces et chantages, contre une sécurité affective.

Le Parent : Vous m’accusez de harceler moralement mon enfant ? Mais ça va pas non ?

Le Psy : Si vous passez une partie de votre journée à dire, d’un ton autoritaire ou menaçant à votre enfant “ne fait pas ci” – “Non !” – “Revient ici !”… et bien oui, c’est objectivement du harcèlement morale. Si un adulte vous fait cela tout au long de l’année, vous serez objectivement victime de harcèlement morale : c’est ce qu’il se passe avec des cadres ou patron vis-à-vis de leurs employés. Un très grand nombre d’employés sont en état de dépression, de stress ou d’anxiété à cause d’un harcèlement morale. Cela se finit au tribunal ou chez le psy. Vous en conviendrez ?

Le parent : Certes. Mais cela n’a rien a voir. Que je sache, les enfants ne portent pas plainte ou ne sont pas en dépression !

Le Psy : C’est relatif. D’une part, les fugues, les états dépressifs, l’anxiété et les tentatives de suicide chez les jeunes ne sont pas insignifiants. D’autres part, l’enfant n’a pas les mêmes droits que les adultes, ni les mêmes capacités – il est sous tutelle. Par ailleurs, la violence latente ou exprimée dans notre société doit nous faire réfléchir. Je ne dis pas qu’elle ne vient que de la violence dans l’éducation ordinaire, mais qu’elle y contribue sans doute.

Sur le plan législatif, les choses ont évoluées. Le fait est que depuis des années la violence au sein de la cellule familiale est interdite : un arsenal juridique protège les femmes de la violence ordinaire encore très présente dans notre société. Ce type d’outil législatif commence à être développé pour protéger les enfants de ces mêmes violence. Il est aujourd’hui interdit de frapper un enfants, même dans le cadre d’une démarche éducative, même et surtout dans l’intimité de la cellule familiale. On ne frappe pas un enfant, c’est la loi – et par extension, on ne le violente pas.

Pourtant, force est de constater que les choses évoluent lentement. L’incohérence entre le fait d’interdire toute violence faite au femmes et d’autoriser la violence dite éducative faite au enfants en dit long sur notre rapport à l’enfant. Mais ne nous leurrons pas non plus : la violence psychologique envers les enfants demeure, malheureusement.

Le Parent : mais enfin, vous ne pouvez pas mettre sur le même plan une fessée à but éducative et une homme qui bas sa femme ? C’est horrible de dire des choses pareilles ?

Le Psy : si vous allez dans des société très traditionalistes, patriarcales ou la femme est soumise à l’homme, on vous donnera exactement ce type d’argument. Il n’y a aucune différence. Comme beaucoup de nos concitoyens l’expliquent envers nos enfants, aujourd’hui encore dans notre société – que cela n’a jamais fait de mal à personne de recevoir des claques ou des fessées, que c’est pour leur bien, que cela a une valeur éducative – les hommes de ces pays très traditionalistes vous expliquent exactement la même chose pour les femmes. Et je ne vais même pas jusque dans les pays ou les hommes ont droit de vie ou de mort sur les femmes pour des raisons d’honneur, comme l’Arabie Saoudite…

Le Parent : vous êtes en train de me traiter de tortionnaire alors que ma démarche n’est pas basée sur une idéologies ou des mœurs qui entérinent le droit à taper les enfants, je fais de mon mieux pour éduquer mes enfants !

Le Psy : encore une fois, c’est le type d’argument qui sont employés par ces sociétés hyper-patriarcales pour normaliser la violence envers les femmes. De mon point de vu, il est très curieux que vous ne vous en rendiez pas compte.

La réalité, sur le plan psychologique, c’est que vous reproduisez ce que vous avez subis. Quand vous avez cette colère qui monte parce que votre tout petit ne fait pas ce vous lui demandez de faire, et que vous allez le réprimer avec violence pour cela – peut être, et cela commence toujours par ça, parce qu’il joue avec une chose interdite, et qu’emporté par son enthousiaste et le plaisir du jeu il ne comprends pas votre intention – vous reproduisez votre propre éducation.

Le Parent : Je ne suis pas d’accord. Face a des sauvageons, la punition est la manière la plus efficace de les arrêter !

Le Psy : Vous avez été enfant, n’est-ce pas ?

Le Parent : Oui, comme tout le monde.

Le Psy : Et bien, comme tout le monde vous reproduisez non pas ce qu’on vous a dit de faire, mais ce qu’on a fait avec vous. Si la violence arrête certains comportements, elle en programme d’autres, dans d’autres contextes, ailleurs ou plus tard. Vous admettrez que frapper un enfant est inhumain, mais pourtant vous le faite quand même, exactement comme le pédophile. Si vous filmez une scène de fessée, de claque ou de punition, sans le son et sans le contexte, vous direz, comme une grande majorité de gens, que c’est de la violence gratuite, choquante, que c’est de la cruauté. Le non verbale est plus important que le verbale. Si on remet le contexte et le son, vous penserez peut-être que frapper un enfant n’est pas un problème, que cela ne laisse aucune séquelle parce que, finalement, il l’a bien mérité ! En réalité, vous défendez ce que vous avez subit car cela a quelque chose de rassurant pour vous : vous avez identifié la vie familiale à une forme commune de violence éducative. Si on vous enlevait cette violence, ce serait comme vous priver de votre référentiel familial, et alors vous revivriez l’insécurité qu’un enfant ressent quand il ne se conforme pas aux exigences de ses parents, fussent-ils violents. Il y a là une forme de dissonance cognitive – chose que vous ressentez peut être quand vous voyez un parent corriger son enfant, devant vous. Cela tiraille en vous de voir un enfant se faire corriger, n’est-ce pas ?

Le Parent : Oui, mais il y a des règles à respecter pour vivre en société et c’est à moi de les transmettre !

Le Psy : Décidément, vous ne comprenez pas : votre enfant ne fait pas ce que vous lui dites, il vous imite. Si vous ne faites strictement rien pour l’éduquer, que simplement il vit avec vous et que vous le guidez en toute confiance, il sera un adulte éduqué parce que vous l’êtes. C’est une règle générale, il peut y avoir des exceptions car chaque parent est unique. Vous avez le sentiment que c’est votre responsabilité d’inculquer à votre enfant les bonnes manières, les choses à faire ou ne pas faire – et c’est vrai – mais pour cela vous pensez qu’il est légitime d’appliquer une pression psychologique sur lui, de lui faire du chantage, de le menacer, de lui crier dessus ou de le frapper, et c’est la que la psychologie nous enseigne une chose importante. En réalité, vous n’avez rien à faire qui relève de la correction. Vous devez seulement être exemplaire, car l’enfant ne fait pas ce que vous lui dites, il vous imite. Ceci est d’autant plus vrai qu’en réalité il est volontaire pour faire bien les choses, contrairement à ce qu’on croit. Et par-dessus tout, il veut être aimé par ses parents, sa famille, son environnement social. Depuis tout petit, alors bébé, sa sécurité physique et affective en dépendent – et c’est bien pour cela que l’imitation est prédominant dans sa construction comportementale.

Le Parent : Vous êtes en train de me dire que j’ai juste à être là et lui montrer comment être et comment faire, sans jamais mettre de limites ? Et si je rencontre des difficultés je dois lui dire que j’ai compris pourquoi il veut faire ces choses interdites, et je dois le divertir pour qu’il ne le fasse pas ?

Le Psy : Cela dépends. Imposer des contraintes est le quotidien du parent. En revanche, la violence éducative ne devrait jamais en faire partie. La plupart des enfants perdent toute leur créativité et leur curiosité durant la première quinzaine d’année de leur existence. Ils sont hyper créatifs et curieux entre 1 et 3 ans et ensuite, face au mur des limites et de l’éducation basée sur la contrainte, ils perdent leur capacité à penser par eux même, à expérimenter le monde. Dans une étude, des scientifiques ont tenté de démontrer que la plupart des adultes n’ont que quelques pour cents de la créativité qu’ils avaient durant leur petite enfance. Également, leurs capacités emphatiques s’effondrent – l’intelligence émotionnelle devient chose rare. L’apprentissage très tôt du mépris des émotions bride leurs capacités sociales. Sur un plan psychologique, on aura des formes plus ou moins graves de dissociation – c’est à dire une vie émotionnelle non conscientisée, inaccessible donc non vécu. Tout ceci explique la violence latente de notre société, l’égoisme dont on fait preuve vis-à-vis des autres, de ceux qui sont loin, voir même de la nature et des animaux.

Le Parent : Cela ne relève t-il pas de la pensé magique ?…

Le Psy : Vous pouvez le penser. Mais on peut aussi faire le constat que le “je veux” de la société consommation, de celui qui veut une maison, une voiture, une TV, du toujours plus grand, plus coûteux, est celui du parent qui exige et qui dit “fait ça” ou “je veux que tu”. Le fait de dire d’un enfant qu’il est “sage”, est le pendant du “je veux que tu”, qui est révélatrice de notre propension à dominer l’enfant. Qu’un enfant soit sage est en réalité un drame humain. Un enfant sage est un enfant sans enfance. La sagesse, qui serait la possession d’une rigueur morale digne d’un adulte mature, est une absurdité, tout comme le sont les fameuses limites. En réalité, ces termes sont des faux nez pour décrire l’obéissance, la proportion à se soumettre aux exigence d’une autorité, le conformisme. En réalité, ce que veulent dire la plupart des gens, c’est qu’un enfant est “calme” et non “sage”.

Plus fondamentalement, nous avons besoin de gens qui sortent du cadre pour inventer de nouvelles manière de vivre, comme le font les enfants quand ils arrivent au monde. Les défis que l’humanité va devoir relever (fin de l’énergie abondante, fin de la croissance, changement climatique) vont exiger de nous de la créativité pour ne pas recourir à la violence ordinaire, celle qui prédomine dans l’éducation que nous subissons largement et que l’on a intégrés comme première intention.

Le Parent : Justement, ne faut-il pas imposer des valeurs à nos enfants à tout prix pour affronter le monde à venir ?

Le Psy : Mais quelles valeurs transmettez-vous ? Votre rapport aux enfants exprime les rapports de domination qui symbolisent notre société actuelle. Le fort domine le faible et l’asservie a ses propres besoins, a ses propres désirs, a ses propres volontés. Vous transmettez la concurrence, car quand vous contraignez votre enfant par la violence vous lui faites vivre l’expérience d’un plus fort que lui, vous lui faites vivre un rapport de domination. L’autorité n’est pas un processus de reconnaissance et de soumission volontaire à la noblesse d’une ame – ce que voudrait nous faire croire une cinématographie Hollywoodienne manichéenne – elle est aujourd’hui le fait d’une position sociale, d’un rapport de domination symbolique ou réel. Dans cette éducation, vous imposez la soumission à l’autre, vous n’apprenez pas, comme l’enfant le fait naturellement, à se laisser guider par l’exemplarité et la noblesse des rapports humains pour les reproduire. L’expérience de Milgram est là pour nous le rappeler. Vous normalisez le fait qu’une autorité est par la force et non la vertus. Le fort – en l’occurrence le parent – n’a pas à interroger la moralité de ses actes, car une moralité supérieure, que l’on appel éducation, l’en dédouanerais.

Le Parent : N’est-ce pas une bonne manière de préparer nos enfant à la réalité de notre société ?

Le Psy : Vous ne le préparez pas à affronter cette société, vous lui apprenez à s’y soumettre et à en assurer la reproduction. Vous lui montrez la voie pour être un dominant à son tour, ce qu’il sera avec ses propres enfants, puisque nous ne faisons pas ce qu’on nous dit de faire, on reproduit ce qu’on a subit. Vous lui imposez la reproduction de ces rapports sociaux basés sur la domination et la concurrence. Le dominant est un jouisseur enfantin : il retourne à l’état d’enfant qui cherche à jouir sans entraves de ce qu’il croit être sa toute puissance. Le monde d’aujourd’hui nous propose un modèle pervers-narcissique : d’un coté une dévalorisation et de l’autre une valorisation. D’un coté la concurrence et la soumission vous écrasent, et de l’autre on vous valorise par la possession de bien matériels et une position social qui contrastent avec ceux que vous dominez, fussent-ils à l’autre bout de la terre en train de produire des marchandise à bas prix, mourir de faim ou souffrir d’un conflit armé. Et nombre de parents vont prolonger ce rapport de concurrence dans le sport, les biens matériel et la réussite sociale : il y a les gagnants et les perdants. Il va sans dire que l’on admirera les gagnants. On s’en attribuera un petit peu de sa capacité à jouir en étant partisan. Il faut des gagnants et des perdants pour faire accepter aux plus faibles leur condition.

Je crois que dans notre rapport à l’enfant se joue l’avenir de notre société.

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